Asma Mhalla s’est imposée aujourd’hui comme l’une des voix intellectuelles les plus stimulantes dans les débats contemporains autour des technologies numériques, du pouvoir politique et de la démocratie. Politologue, chercheuse, enseignante, orientatrice d’idées, elle explore la manière dont les technologies structurent nos sociétés et nos libertés.
| Asma Mhalla | Politologue & Chercheuse |
|---|---|
| Naissance | Tunis, Tunisie |
| Nationalité | Franco-tunisienne |
| Formation | ESCP Business School, EHESS |
| Doctorat | Sciences politiques |
| Domaine | Politique et technologie |
| Spécialité | Technopolitique |
| Poste actuel | Chercheuse associée EHESS/CNRS |
| Enseignement | Sciences Po Paris, École Polytechnique |
| Publication | Technopolitique : Comment la technologie fait de nous des soldats |
| Langues | Français, Arabe, Anglais |
| Influence | Débats sur démocratie et numérique |
Un début de vie marqué par la résilience
Née à Tunis, Asma Mhalla grandit au sein d’une famille qui mêlait des origines sociales contrastées : d’une mère issue d’un milieu modeste, et d’un père haut fonctionnaire devenu entrepreneur. Sa jeunesse est marquée par une séparation familiale, après laquelle elle est élevée principalement par son père. Cette période forge en elle une solidité intérieure et un rapport exigeant à l’effort intellectuel, mais aussi une distance vis‑à‑vis des distractions numériques – son père limitant l’accès aux écrans.
Ce contexte personnel, à la fois riche en défis et en encouragements, a laissé une empreinte durable sur sa vision du monde et sur sa détermination à comprendre les structures de pouvoir.
Une formation académique rigoureuse
Après le lycée français de Tunis, Asma Mhalla est admise en classes préparatoires à Paris, puis à l’ESCP Business School, où elle suit des études de gestion tout en vivant des réalités financières difficiles. Cette période d’apprentissage l’initie à la discipline du travail intellectuel et à l’exigence professionnelle.
Progressivement, son intérêt se déplace vers les sciences politiques : elle rejoint l’École des Hautes Études en Sciences Sociales (EHESS) et obtient un doctorat en études politiques, une formation qui devient le socle de sa réflexion sur les technologies et les sociétés contemporaines.
De la finance à la réflexion politique
Avant de se consacrer pleinement à la recherche, Asma Mhalla travaille en banque d’affaires, expérience qui lui donne une première approche du monde professionnel structuré et exigeant. Cependant, des problèmes de santé en 2016 la poussent à interrompre cette trajectoire, ce qui se révèle un tournant décisif pour sa carrière intellectuelle.
Pendant sa convalescence, elle découvre la littérature sur la politique numérique, en particulier les travaux de penseurs comme Bernard Harcourt. Cette immersion l’amène à publier ses premiers essais sur la politique technologique, ce qui ouvre la voie à des collaborations académiques et intellectuelles durables.
Un regard original sur la technopolitique
Au cœur de l’œuvre d’Asma Mhalla se trouve une notion qu’elle a contribué à populariser : la technopolitique. Ce terme désigne l’étude des formes de pouvoir qui émergent à l’intersection entre la technologie et la politique : comment les grandes infrastructures numériques, loin d’être de simples outils, deviennent des acteurs structurants des systèmes sociaux et démocratiques.
Dans ses écrits, elle montre comment les grandes plateformes technologiques pèsent désormais sur les décisions politiques, la liberté d’expression, la gouvernance des données et même sur la souveraineté des États. À ses yeux, ces entreprises ne sont plus de simples corporations économiques, mais des forces politiques qui agissent sans mandat démocratique.
Enseignement et engagement institutionnel
Asma Mhalla ne se limite pas à l’écriture : elle transmet également ses idées dans le cadre académique. Elle est enseignante à Sciences Po Paris, à l’École Polytechnique et intervient à Columbia University. Ses enseignements portent sur les rapports entre technologie, politique et société, explorant les dynamiques de pouvoir à l’ère numérique.
Elle est aussi chercheuse associée au Laboratoire d’Anthropologie Politique (EHESS/CNRS), un centre où elle approfondit ses recherches sur les nouvelles formes de puissance et de domination liées aux technologies modernes.
Une voix médiatique engagée
Outre son travail académique, Asma Mhalla est une présence régulière dans les médias et les espaces publics. En 2023, elle produit et anime des émissions consacrées à la démocratie à l’épreuve du numérique, qui attirent l’attention pour leur pédagogie et leur profondeur.
Elle contribue également à des chroniques, des interventions radio, des interviews et des débats où elle critique les politiques publiques et les stratégies technologiques des grandes entreprises et gouvernements.
« Technopolitique » : un essai marquant
L’un des moments les plus marquants de sa carrière intellectuelle est la publication de son livre Technopolitique : Comment la technologie fait de nous des soldats en 2024. Ce livre explore de manière ambitieuse la transformation du rôle des technologies dans la vie politique et sociale.
Dans cet essai, elle avance une thèse forte : les technologies de l’hypervitesse – des réseaux sociaux à l’intelligence artificielle, des implants cérébraux aux satellites – ne sont pas des objets neutres mais des infrastructures politiques qui transforment notre manière de penser, d’agir et même de nous identifier en tant que citoyens. Ces technologies sont à la fois civiles et militaires et redéfinissent les rapports de force entre individus, États et structures de pouvoir.
Selon elle, l’enjeu n’est plus uniquement économique ou social : il est politique et civilisationnel. Faisant de la technologie un « champ de bataille », elle invite à repenser notre rapport à ces outils, car ce sont eux qui influencent profondément les démocraties contemporaines.
Critiques et débats intellectuels
Comme toute œuvre ambitieuse, Technopolitique suscite le débat. Certains critiques ont salué la profondeur de sa pensée, tandis que d’autres ont pointé des aspects de style jugés « hyperboliques » ou une tendance à généraliser sans toujours nommer précisément les acteurs ou mécanismes en jeu.
Ce dialogue critique montre que ses idées ne sont pas triviales mais invitent à une réflexion vigoureuse sur la place et l’impact des technologies dans nos sociétés.
Un regard sur l’avenir
Plus qu’une savante ou une spécialiste cloisonnée, Asma Mhalla est une figure intellectuelle engagée qui cherche à transformer la manière dont nous pensons les technologies et leurs effets politiques. Elle relie des champs de réflexion qui étaient souvent traités séparément : science politique, géopolitique, économie numérique et humanité individuelle.
Son travail continue d’influencer les débats publics, universitaires et politiques, notamment dans un moment où les technologies numériques ne cessent de transformer les structures de pouvoir et les relations sociales.
Conclusion
Asma Mhalla incarne une pensée exigeante et nécessaire à l’heure où les technologies structurent nos vies et nos démocraties. Son parcours, de Tunis à Paris, de la finance à la recherche académique, illustre une trajectoire rare : celle d’une intellectuelle qui refuse de dissocier les réalités culturelles, politiques et technologiques.
À travers son enseignement, ses publications, ses interventions et ses essais, elle invite à repenser nos certitudes et à interroger la manière dont nous laissons les technologies façonner nos libertés et nos sociétés. Dans un monde où les frontières entre États, plateformes numériques et individus s’effacent progressivement, sa réflexion reste un outil précieux pour comprendre les enjeux du présent et imaginer des futurs plus démocratiques et responsables.
